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Source:La lettre de l'Ordre national des chirurgiens-dentistes N°70 - Septembre 2008

Assistantes dentaires : le temps de la reconnaissance

La loi « Santé, patients, territoires », dont l’adoption est programmée pour l’automne prochain, constitue une fenêtre de tir pour l’obtention d’un vrai statut des assistantes dentaires.


L’implication de l’assistant(e) dentaire dans le bon fonctionnement de nos cabinets n’est plus à démontrer. Mais en dépit de son rôle primordial aux côtés du chirurgien-dentiste, son statut reste encore sous valorisé. Le Conseil national a fait de la reconnaissance de la profession d’assistant(e) dentaire et de son inscription au Code de la santé publique un dossier prioritaire. A l’heure où le projet de loi « Santé, patients, territoires » - dont les objectifs affichés sont de préserver la qualité du système de santé et d’améliorer l’accès aux soins pour tous sur le territoire national – est à l’étude du Parlement français, l’opportunité politique n’a jamais semblé aussi favorable pour prétendre à la reconnaissance de cette profession. C’est pourquoi le Conseil national a rédigé et diffusé un communiqué de presse pendant l’été rappelant et expliquant sa position en la matière.
L’assistant(e) dentaire exerce son activité sous la responsabilité du chirurgien-dentiste au sein du cabinet. Si, dans une grande majorité, la profession s’accorde à reconnaître que cette profession joue un rôle important en matière de santé publique, les règles qui la régissent ne reflètent aucunement l’importance de son rôle. Cette lacune doit être réparée. Pour le Conseil national, cela passe par la mise en place de trois mesures interdépendantes :


• le référencement de la profession dans le Code de la santé publique ;
• la mise en place de garanties permettant d’assurer une formation de qualité ;
• la création d’un diplôme d’assistant(e) dentaire.

L’adoption, pour l’assistant(e) dentaire, d’un régime similaire à celui prévu pour les professions déjà référencées au Code de la santé publique d’aides-soignants, d’auxiliaires de puériculture, d’ambulanciers et de techniciens de laboratoire d’analyses de biologie médicale permettrait d’atteindre ensemble ces trois objectifs. C’est cette évolution que le Conseil national appelle ses vœux.

 

Une place dans le CSP


Sans être véritablement réglementées par le Code de la santé publique, les professions d’aides-soignants, d’auxiliaires de puériculture, d’ambulanciers et de techniciens de laboratoire d’analyses de biologie médicale y sont référencées. En conséquence, elles dépendent du ministère en charge de la Santé. Par cet état de fait, le rôle de ces professions en matière de santé est officiellement et justement reconnu.
A contrario, l’assistant(e) dentaire ne bénéficie d’aucune mention similaire dans le Code de la santé publique. A l’heure actuelle, la profession reste principalement régie par la convention collective nationale des cabinets dentaires, étendue par arrêté du 2 avril 1992. Or, ladite convention attribue à l’assistant(e) dentaire des tâches qui sont celles d’un véritable professionnel de santé :

• la préparation, la décontamination, le nettoyage, la stérilisation et le rangement des appareils et instruments utilisés par le praticien ;
• le développement, l’identification et le classement des clichés radiologiques, ou des documents papiers résultant de l’utilisation d’appareillages d’imagerie médicale ;
• la participation à l’éducation des patients en matière d’hygiène bucco-dentaire ;
• la préparation, à partir des empreintes effectuées par le praticien, des moulages d’étude et de travail ;
• la réalisation, à partir des points anatomiques déterminés par le praticien, des tracés céphalométriques, dont l’analyse incombe au seul praticien ;
• la préparation de tous les appareillages, ou accessoires d’appareillages, nécessités par le traitement, la démonstration de l’utilisation aux patients et le contrôle de leur coopération.

De surcroît, seul personnel autorisé à seconder le praticien dans l’aide opératoire au fauteuil, l’assistante dentaire est soumise au secret professionnel.
En regard de ces missions et des très nombreuses règles d’hygiène et de sécurité qu’elle doit respecter, il apparaît pour le moins singulier que la réglementation de la profession échappe toujours au ministère en charge de la Santé et au Code de la santé publique. Une inscription dans ce Code permettrait en effet de reconnaître à l’assistant(e) dentaire sa qualité indéniable de professionnel(le) de santé.
Le Conseil national propose donc d’introduire la mention de l’assistant(e) dentaire aux articles L.4383-1 et L.4383-3 du Code de la santé publique aux côtés des professions d’aides-soignants, d’auxiliaires de puériculture, d’ambulanciers et de techniciens de laboratoire d’analyses de biologie médicale.

 

Refondre la formation


Le Code de la santé publique prévoit, pour les professions d’aides-soignants, d’auxiliaires de puériculture, d’ambulanciers et de techniciens de laboratoire d’analyses de biologie médicale, un régime qui permet de garantir la qualité de leur formation. Il est ainsi prévu que :

• l’Etat détermine, en amont, les programmes de formation, l’organisation des études, et les modalités d’évaluation des élèves ;
• le représentant de l’Etat dans la région contrôle, en pratique, le suivi des programmes et la qualité de la formation.

Actuellement, la formation d’assistant(e) dentaire est accessible à des personnes âgées d’au moins 18 ans, titulaires du brevet des collèges, d’un CAP ou d’un BEP. La formation dure deux ans et se déroule en alternance. Elle est dispensée par des centres de formation retenus par la Commission paritaire nationale de l’emploi (CNPE) des cabinets dentaires. L’ensemble des acteurs de cette formation s’accorde à dire que celle-ci est perfectible, tant sur le fond que dans la forme.
Pour ce qui concerne les disciplines enseignées, une réforme du référentiel d’emploi sur lequel s’appuie la formation actuelle devient urgente afin d’intégrer les évolutions de l’art dentaire. Il apparaît notamment opportun de proposer aux étudiants en la matière de développer très tôt des compétences spécifiques dans certains domaines (hygiène, gestion, assistance en orthopédie dento-faciale, assistance en implantologie…). De plus, cette évolution du référentiel d’emploi pourrait avoir des répercussions importantes en matière de santé publique.
Il semblerait légitime que le ministère en charge de la Santé s’associe très rapidement aux réflexions en cours qui devraient se concrétiser par la mise en place de véritables programmes de formation pour les assistant(e)s dentaires. Néanmoins, une seule réforme du référentiel d’emploi ne saurait suffire. Celle-ci doit être accompagnée d’une évolution globale du système de formation qui devra, à l’avenir, garantir pour les chirurgiens-dentistes les compétences de leurs assistant(e)s.
En concertation avec la profession, l’implication de l’Etat dans l’organisation des études et la détermination des modalités d’évaluation des futur(e)s assistant(e)s dentaires garantirait une homogénéité de la formation sur l’ensemble du territoire national.
Sur ces bases, la formation bénéficierait en pratique du contrôle d’une autorité externe et objective : celui du responsable de l’Etat dans la région. Soulignons qu’à l’heure actuelle, l’organisation de la formation des aides-soignants, des auxiliaires de puériculture, des ambulanciers et des techniciens de laboratoire d’analyses de biologie médicale prévue aux articles L.4383-1 et suivants du Code de la santé publique répond à cet objectif.
Le Conseil national propose donc, là encore, d’adopter pour l’assistant(e) dentaire des modalités de formation similaires prévues, aux articles L.4383-1 et L.4383-3 du Code de la santé publique, pour les aides-soignants, les auxiliaires de puériculture, les ambulanciers et les techniciens de laboratoire d’analyses de biologie médicale.

 

Un vrai diplôme, un métier reconnu


Constat : il n’existe pas de diplôme d’assistant(e) dentaire. Actuellement, afin d’exercer la profession d’assistant(e) dentaire, il faut être titulaire du titre d’assistant(e) dentaire inscrit au répertoire national des certifications professionnelles ou en cursus de formation ou de validation des acquis de l’expérience, tel que décrit dans l’accord étendu du 1er octobre 2004 relatif à la formation professionnelle dans les cabinets dentaires libéraux, et destiné à obtenir le titre d’assistant(e) dentaire.
Traditionnellement, le diplôme se réfère à un parcours d’études scolaires. Précisément, la nouvelle formation mise en place offrirait aux étudiants un véritable parcours d’études scolaires. Ce parcours pourrait logiquement déboucher sur l’obtention d’un diplôme.
Par ailleurs, la création d’un véritable diplôme d’assistant(e) dentaire pourrait favoriser la création de passerelles (dispenses de certaines formations ; possibilité de se présenter aux concours) avec d’autres professions référencées ou réglementées par le Code de la santé publique, et notamment avec les professions d’aides-soignants et d’infirmiers. Ces passerelles renforceraient l’attractivité de la profession d’assistant(e) dentaire.
Dans la perspective de valoriser cette profession, l’aspect psychologique positif de l’obtention d’un diplôme n’est pas à négliger. Il serait utopique d’affirmer que, dans la conscience collective, une formation qui permet l’obtention d’un certificat est perçue aussi favorablement qu’une formation diplômante.


Pour toutes ces raisons, le référencement de la profession d’assistant(e) dentaire dans le Code de la santé publique, la mise en place de garanties permettant d’assurer une formation de qualité et la création d’un diplôme d’assistant(e) dentaire constituent trois mesures incontournables et interdépendantes afin de valoriser la profession d’assistant(e) dentaire. Il devient urgent de ne plus attendre et, pour le Conseil national, le projet de loi « Santé, patients, territoires » offre le cadre adéquat à cette évolution souhaitée et souhaitable pour la reconnaissance de cette profession.

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